La bataille des taux d'intérêt entre Washington et Francfort : qui contrôle le prix du dollar face à l'euro ?

Le couple euro/dollar n’est plus simplement un chiffre surveillé par les spécialistes, mais est devenu un véritable champ de bataille entre deux politiques monétaires contradictoires. Au cours des derniers mois de 2025, cette paire a oscillé entre un support solide à 1.1550 et une résistance étroite autour de 1.17, chaque petit mouvement étant dicté par des déclarations de la Réserve fédérale ou de la Banque centrale européenne. L’équation est simple : chaque indication d’assouplissement par la Fed fait baisser légèrement le dollar par rapport à l’euro, tandis qu’un ton plus hawkish le fait remonter rapidement.

Équilibre étroit : l’avantage du dollar s’amenuise lentement

Le dollar conserve aujourd’hui un avantage relatif, mais il ne ressemble plus à sa domination du début 2025. La raison est très claire en regardant les chiffres réels. L’économie américaine a croît de 2,1% au premier semestre 2025, une croissance correcte mais inférieure aux attentes. Le taux de chômage a diminué à environ 4%, et l’inflation reste obstinée à 2,9% selon l’indice des dépenses de consommation personnelle, soit au-dessus de l’objectif de la Fed à 2%.

Ces chiffres donnent au dollar une certaine force, mais pas suffisante pour inverser la tendance de manière décisive. Les investisseurs préfèrent le dollar car les rendements obligataires américains approchent les 4%, alors que leurs homologues européens offrent seulement environ 3,25%. La différence est petite, mais suffisante pour maintenir une attractivité relative.

L’Europe : sortir lentement du brouillard

De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est plus sombre. L’Allemagne, la plus grande économie de la zone euro, a connu une baisse de 0,3% de la production industrielle en septembre 2025. Les indicateurs PMI ont glissé sous la barre des 50 points (le seuil entre croissance et contraction) depuis quatre mois consécutifs. Ce n’est pas une légère régression, mais un signal d’alarme pour la stabilité.

La France, deuxième économie de la zone, souffre d’un taux de chômage stagnant autour de 7,5%, et les ventes au détail reculent. Partout où l’on regarde, des signes d’alerte apparaissent. Mais la Banque centrale européenne (a maintenu ses taux inchangés pour la troisième fois consécutive en octobre 2025), en affirmant que le niveau actuel “est approprié”.

C’est là toute la paradoxe. L’Europe souffre économiquement, mais la BCE met en garde contre un relâchement trop rapide. L’inflation dans la zone reste à environ 2,6%, légèrement au-dessus de l’objectif de 2%, et la banque ne souhaite pas revenir à une politique de relance excessive.

Contexte géopolitique : gaz, guerres et confiance ébranlée

Il est impossible de comprendre le mouvement réel du dollar face à l’euro sans regarder au-delà des salles des banques centrales. La guerre russo-ukrainienne n’est pas terminée, et ses effets perdurent. Les prix du gaz naturel en Europe (ont augmenté d’environ 12% en octobre 2025), poussés par une vague de froid précoce et une baisse des approvisionnements en Norvège. Cette hausse se répercute directement sur les coûts de production, notamment dans l’industrie lourde.

L’Agence internationale de l’énergie a averti que ces prix pourraient ajouter entre 0,3 et 0,4 point de pourcentage à l’inflation européenne d’ici la fin 2025. Parallèlement, les gouvernements européens ont augmenté leurs dépenses militaires de 7% en moyenne, détournant des ressources de l’investissement productif vers la défense, ce qui aggrave les problèmes de croissance.

De leur côté, les États-Unis font face à une pression différente. La dette fédérale a dépassé 34 trillions de dollars fin septembre 2025, un chiffre inquiétant. Mais le dollar reste la “valeur refuge” mondiale. Lorsqu’un risque monte, les investisseurs se tournent vers les actifs américains. En octobre, lorsque la tension dans la mer Noire s’est intensifiée, l’indice du dollar a augmenté de 1,2% en une semaine, tandis que l’euro a chuté à son niveau le plus bas en trois semaines, proche de 1.1570.

Analyse technique : un range étroit en attente de cassure

D’un point de vue technique, la situation est très claire. L’euro/dollar est coincé dans un range horizontal entre 1.1550 et 1.1700, une configuration classique de consolidation. La paire évolue prudemment autour de 1.1550, avec un momentum très faible, ce qui indique que toute prochaine impulsion sera limitée en amplitude.

L’indicateur RSI RSI tourne autour de 40, signalant une absence de tendance forte. Le MACD montre une convergence faible dans la tendance baissière, suggérant que toute future évolution pourrait être corrective plutôt qu’impulsive.

Les supports principaux se situent à 1.1367 puis 1.1186, tandis que les résistances sont à 1.1711 puis 1.1913. Toute cassure claire de l’un ou l’autre de ces niveaux pourrait lancer une nouvelle phase avec un élan accru, mais pour l’instant, le marché attend.

Les données de la CFTC montrent que les positions spéculatives sur l’euro ont diminué de 12% en octobre, ce qui indique que les traders commencent à douter d’un mouvement haussier. Cependant, un point positif : les indicateurs de confiance Sentix pour novembre ont montré une légère amélioration après quatre mois de contraction, ce qui pourrait offrir un soutien psychologique temporaire.

Décembre prochain : le moment de vérité

La Banque centrale européenne tiendra sa dernière réunion de l’année le 12 décembre 2025. Les contrats à terme intègrent une probabilité de 35% de baisse des taux et de 65% de maintien. Ce clivage reflète la position très difficile de la banque.

Premier scénario : une baisse surprise de 25 points de base. Si cela se produit alors que la Fed reporte sa décision, le dollar par euro pourrait chuter vers 1.14 à court terme. La banque ING a anticipé ce scénario, mais il pourrait ne pas durer, car les marchés commenceront à anticiper une cycle d’assouplissement plus large par la suite.

Deuxième scénario : un maintien avec une tonalité accommodante. Si la BCE indique “qu’elle est prête à réduire ses taux au premier trimestre 2026”, cela sera perçu comme un soutien moral, pouvant pousser la paire vers 1.17. Les analystes de Deutsche Bank voient cela comme particulièrement prometteur.

Troisième scénario : un maintien de la politique restrictive. Si la banque attend jusqu’à mi-2026 avant toute baisse, cela soutiendra l’euro à court terme, mais exercera une pression supplémentaire sur les économies faibles, ce qui pourrait faire revenir la pression sur la devise ultérieurement.

En réalité, les mouvements de l’euro/dollar ne sont plus uniquement liés aux données économiques. La devise évolue de manière anticipée, en fonction des attentes de changement de politique monétaire. Le rendement des obligations allemandes à 10 ans a augmenté à environ 2,3% en octobre 2025, son plus haut depuis trois mois, tandis que le rendement des obligations américaines a légèrement reculé à 4,1% après des déclarations de la Fed évoquant un assouplissement progressif au premier semestre 2026.

Conclusion : équilibre entre peur et espoir

Actuellement, le prix du dollar par euro reflète une situation très complexe : le dollar conserve un avantage, mais celui-ci s’érode, et l’euro souffre mais ne s’effondre pas. Les deux monnaies font face à des défis majeurs, mais aucune ne présente une crise suffisamment aiguë pour inverser radicalement la tendance.

Il est probable que la paire reste dans un range 1.15-1.18 jusqu’à la fin 2025, avec très peu de chances de cassures fortes sauf si la tonalité de la politique monétaire change radicalement d’un côté ou de l’autre.

La vraie question n’est pas tant où la paire ira dans l’immédiat, mais laquelle des deux monnaies perdra la confiance des marchés en premier. Si l’économie américaine montre des signes clairs de récession, le dollar sera le premier perdant. Si l’activité industrielle européenne continue de faiblir, c’est l’euro qui en pâtira davantage.

En fin de compte, le couple euro/dollar est l’un des plus suivis au monde pour une raison simple : il reflète l’humeur financière globale. Quand les marchés sont optimistes, l’euro monte. Quand la peur s’installe, les investisseurs se tournent vers le dollar. Entre optimisme et crainte, cette danse bipolaire entre les deux grandes économies continuera à tracer la trajectoire de cette paire unique.

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