Politique monétaire des banques centrales : un virage structurel soutenant l’appréciation du yen
Depuis le début de 2025, la variation de l’euro face au yen a dépassé 8 points de pourcentage, passant de 161,7¥ au début de l’année à un sommet annuel de 164,2¥, avant de redescendre autour de 163,4¥. Derrière cette volatilité extrême se cache un changement fondamental dans la politique des banques centrales mondiales.
La Banque du Japon a enfin commencé à relever ses taux. Depuis janvier, la BoJ a porté son taux directeur de 0,25 % à 0,50 %, atteignant son niveau le plus élevé depuis 2008. Bien que l’ampleur de la hausse soit modérée en valeur absolue, cela marque la fin de l’ère du “zéro taux” qui a duré plusieurs années au Japon. Le marché anticipe une nouvelle hausse à 0,75 % cet été, puis à 1 % à l’automne.
Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) adopte une politique opposée. Face au ralentissement de la croissance dans la zone euro et à la baisse de l’inflation, la BCE a procédé à trois cycles de baisse des taux en janvier, mars et avril, ramenant le taux de facilité de dépôt de 4 % à 2,25 %. Il est prévu qu’il baisse encore à 2 % d’ici la fin de l’année.
Cela crée un schéma classique de réduction de l’écart de taux : le taux du yen augmente, celui de l’euro diminue, et l’écart de taux, initialement supérieur à 2 points de pourcentage, se contracte à moins d’un point. Lorsque l’écart de taux n’est plus attrayant, la “stratégie d’arbitrage” (carry trade) qui maintenait le yen sous pression perd de son attrait, ouvrant la voie à une appréciation structurelle du yen.
Risque géopolitique ravivé : la valeur refuge du yen réaffirmée
Outre le changement de politique monétaire, la détérioration des tensions géopolitiques et commerciales a également souvent favorisé l’appréciation du yen.
La menace tarifaire américaine de février a provoqué la panique sur les marchés : Washington a annoncé une surtaxe de 10 % sur toutes les importations, avec une surtaxe supplémentaire de 20 % sur les produits européens. Cette annonce a instantanément déclenché une vague de ventes d’actifs risqués. Les investisseurs se sont tournés vers des actifs refuges, et le yen, en raison de sa liquidité et de sa sécurité, a vu sa demande exploser, l’euro face au yen chutant à 155,6¥, son point le plus bas de l’année.
Ce n’est pas une coïncidence. Historiquement, chaque fois qu’un événement de risque global survient, le yen se renforce :
La Japon, en tant que plus grand créancier mondial, bénéficie d’une stabilité financière sans souci
Le Japon ne dépend pas des flux étrangers pour sa stabilité, ce qui renforce sa résilience
Le marché du yen, avec sa capacité de transaction élevée et sa liquidité abondante, est la devise la plus facilement négociable en Asie
Lorsque l’incertitude revient, les investisseurs vendent activement des actifs risqués, remboursent leurs emprunts libellés en yen, ce qui fait monter le yen. Ce phénomène s’est répété à plusieurs reprises en 2025.
La difficulté de l’euro : croissance faible et espace de politique limité
Comparé à la force du yen, l’euro fait face à plusieurs pressions.
Les politiques tarifaires américaines représentent une menace directe pour l’industrie européenne. La croissance économique montre des signes de faiblesse, et si l’inflation recule, elle reste supérieure à l’objectif de la BCE. Dans ce contexte, la BCE n’a d’autre choix que de continuer à baisser ses taux pour stimuler l’économie. Chaque baisse de taux affaiblit davantage l’euro, car des taux plus bas réduisent l’attractivité des actifs en euros.
Cela crée un “cercle vicieux” : croissance faible → baisse des taux par la BCE → dépréciation de l’euro → amélioration de la compétitivité à l’exportation mais fuite des capitaux → nécessité de nouvelles baisses pour relancer.
À l’inverse, le Japon, bien que sa croissance ne soit pas exceptionnelle, voit dans la hausse des taux de la banque centrale une preuve de confiance dans la politique, suggérant des perspectives de croissance relativement stables.
Les perturbations à court terme dues aux politiques de relance chinoises
Il est important de noter qu’en mai, la Banque centrale chinoise a injecté de la liquidité (le taux de rachat à 7 jours est tombé à 1,40 %), ce qui a temporairement renforcé l’appétit pour le risque, pesant sur le yen et faisant rebondir l’euro face au yen à 164,2¥. Mais cette reprise est souvent éphémère, car elle repose sur une amélioration temporaire du sentiment du marché, et non sur des changements fondamentaux. Dès qu’un nouveau risque géopolitique ou des données économiques déçoivent, l’attractivité du yen comme valeur refuge resurgira.
Opportunités d’investissement pour la seconde moitié de 2025
Sur la base de cette analyse, la fourchette de trading de l’euro face au yen pour le second semestre devrait osciller entre 158¥ et 165¥ :
Frontière supérieure (165-170¥) : lorsque l’appétit pour le risque mondial se redresse et que les marchés actions rebondissent, le carry trade se relance temporairement, le yen est sous pression, et l’euro pourrait atteindre cette zone.
Frontière inférieure (158-160¥) : en cas de détérioration du commerce, de données américaines d’inflation supérieures aux attentes ou de correction boursière, la demande de refuge en yen s’intensifie, poussant l’euro à la baisse.
Prévision médiane : autour de 162¥. Cela reflète une réduction de l’écart de taux, tout en tenant compte des risques géopolitiques encore présents mais non généralisés.
Stratégie d’investissement pratique
Pour les traders à court terme (3-6 mois)
Vendre l’euro et acheter le yen lorsque l’euro face au yen approche de 165-170¥, avec un objectif de 162¥
Surveillez les fluctuations rapides de 1-2 points de pourcentage avant la réunion de la BoJ, en utilisant des contrats à terme ou des options
Fixez un stop-loss au-dessus de 171¥ et respectez-le strictement
Pour les investisseurs à moyen terme (jusqu’à la fin de l’année)
Constituer des positions longues en yen par tranches, plutôt qu’en une seule fois
Acheter par étapes lorsque l’euro face au yen atteint 163-164¥
Cela permet de lisser le coût et de diversifier le risque
La demande de liquidité en euro peut être couverte par des contrats à terme ou des dépôts en yen à terme pour verrouiller le taux actuel
Signaux de prise de profit
Si la hausse de la BCE comme prévu entraîne une baisse de l’euro face au yen à 160-162¥, il faut au moins prendre partiellement ses bénéfices
Conserver une petite position pour une couverture à long terme, car les risques géopolitiques persistent
Risques clés à surveiller
Malgré la visibilité favorable à l’appréciation du yen, certains risques doivent être pris en compte :
Risque de changement de politique : si la BoJ suspend ses hausses de taux suite à un recul inattendu de l’inflation japonaise, ou si la BCE retarde une nouvelle baisse en raison d’une reprise de l’inflation, le processus de réduction de l’écart de taux sera interrompu.
Amélioration du commerce : si un accord est trouvé entre les États-Unis et l’Europe sur les tarifs, les actifs risqués rebondiront rapidement, la valeur refuge du yen s’évaporera, et l’euro face au yen pourrait s’envoler vers 167-168¥.
Hausse continue des marchés actions : une forte performance des marchés mondiaux pourrait relancer le carry trade, incitant les investisseurs à emprunter en yen pour rechercher des actifs à rendement élevé, ce qui ferait baisser le yen.
La réponse consiste à définir des niveaux de stop-loss clairs et à réévaluer la taille des positions après chaque réunion de la banque centrale.
Contexte historique et psychologie du marché
Depuis sa création en 1999, la paire euro/yen a toujours reflété la divergence des politiques entre deux grandes économies. En 2008, lors de la crise financière, le yen s’est fortement apprécié en tant que valeur refuge ; au début des années 2010, lors de la crise de la dette européenne, l’euro a subi une forte pression ; mais ces dernières années, la reprise européenne combinée à la politique accommodante japonaise ont permis à l’euro de se renforcer à plusieurs reprises.
2025 marque la fin de cette longue configuration. La Banque du Japon amorce enfin un cycle de hausse des taux, tandis que l’Europe se trouve piégée dans une croissance faible, contraignant la BCE à continuer à baisser ses taux. C’est la première fois en près de vingt ans que le yen reprend fondamentalement du terrain.
Conclusion finale
C’est le moment idéal pour positionner des investissements en yen. La contraction de l’écart de taux, la divergence des politiques monétaires, et la présence constante de risques géopolitiques forment un socle solide pour une appréciation du yen à moyen terme.
Dans le reste de 2025, la paire euro/yen devrait fluctuer entre 158¥ et 170¥, avec un point d’équilibre vers 162¥ en fin d’année. Les investisseurs peuvent envisager de constituer des positions longues en yen lorsque l’euro face au yen dépasse 165¥, avec un objectif de profit initial autour de 160-162¥, et un stop strict au-dessus de 171¥.
L’essentiel est la patience et la discipline : ne pas acheter à tout prix en haut, construire progressivement ses positions, et réévaluer régulièrement. Sous l’impulsion combinée des politiques monétaires et des tensions géopolitiques, le printemps du yen est arrivé.
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Guide d'investissement 2025 sur l'EUR/JPY : pourquoi il est temps d'acheter du yen maintenant
Politique monétaire des banques centrales : un virage structurel soutenant l’appréciation du yen
Depuis le début de 2025, la variation de l’euro face au yen a dépassé 8 points de pourcentage, passant de 161,7¥ au début de l’année à un sommet annuel de 164,2¥, avant de redescendre autour de 163,4¥. Derrière cette volatilité extrême se cache un changement fondamental dans la politique des banques centrales mondiales.
La Banque du Japon a enfin commencé à relever ses taux. Depuis janvier, la BoJ a porté son taux directeur de 0,25 % à 0,50 %, atteignant son niveau le plus élevé depuis 2008. Bien que l’ampleur de la hausse soit modérée en valeur absolue, cela marque la fin de l’ère du “zéro taux” qui a duré plusieurs années au Japon. Le marché anticipe une nouvelle hausse à 0,75 % cet été, puis à 1 % à l’automne.
Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) adopte une politique opposée. Face au ralentissement de la croissance dans la zone euro et à la baisse de l’inflation, la BCE a procédé à trois cycles de baisse des taux en janvier, mars et avril, ramenant le taux de facilité de dépôt de 4 % à 2,25 %. Il est prévu qu’il baisse encore à 2 % d’ici la fin de l’année.
Cela crée un schéma classique de réduction de l’écart de taux : le taux du yen augmente, celui de l’euro diminue, et l’écart de taux, initialement supérieur à 2 points de pourcentage, se contracte à moins d’un point. Lorsque l’écart de taux n’est plus attrayant, la “stratégie d’arbitrage” (carry trade) qui maintenait le yen sous pression perd de son attrait, ouvrant la voie à une appréciation structurelle du yen.
Risque géopolitique ravivé : la valeur refuge du yen réaffirmée
Outre le changement de politique monétaire, la détérioration des tensions géopolitiques et commerciales a également souvent favorisé l’appréciation du yen.
La menace tarifaire américaine de février a provoqué la panique sur les marchés : Washington a annoncé une surtaxe de 10 % sur toutes les importations, avec une surtaxe supplémentaire de 20 % sur les produits européens. Cette annonce a instantanément déclenché une vague de ventes d’actifs risqués. Les investisseurs se sont tournés vers des actifs refuges, et le yen, en raison de sa liquidité et de sa sécurité, a vu sa demande exploser, l’euro face au yen chutant à 155,6¥, son point le plus bas de l’année.
Ce n’est pas une coïncidence. Historiquement, chaque fois qu’un événement de risque global survient, le yen se renforce :
Lorsque l’incertitude revient, les investisseurs vendent activement des actifs risqués, remboursent leurs emprunts libellés en yen, ce qui fait monter le yen. Ce phénomène s’est répété à plusieurs reprises en 2025.
La difficulté de l’euro : croissance faible et espace de politique limité
Comparé à la force du yen, l’euro fait face à plusieurs pressions.
Les politiques tarifaires américaines représentent une menace directe pour l’industrie européenne. La croissance économique montre des signes de faiblesse, et si l’inflation recule, elle reste supérieure à l’objectif de la BCE. Dans ce contexte, la BCE n’a d’autre choix que de continuer à baisser ses taux pour stimuler l’économie. Chaque baisse de taux affaiblit davantage l’euro, car des taux plus bas réduisent l’attractivité des actifs en euros.
Cela crée un “cercle vicieux” : croissance faible → baisse des taux par la BCE → dépréciation de l’euro → amélioration de la compétitivité à l’exportation mais fuite des capitaux → nécessité de nouvelles baisses pour relancer.
À l’inverse, le Japon, bien que sa croissance ne soit pas exceptionnelle, voit dans la hausse des taux de la banque centrale une preuve de confiance dans la politique, suggérant des perspectives de croissance relativement stables.
Les perturbations à court terme dues aux politiques de relance chinoises
Il est important de noter qu’en mai, la Banque centrale chinoise a injecté de la liquidité (le taux de rachat à 7 jours est tombé à 1,40 %), ce qui a temporairement renforcé l’appétit pour le risque, pesant sur le yen et faisant rebondir l’euro face au yen à 164,2¥. Mais cette reprise est souvent éphémère, car elle repose sur une amélioration temporaire du sentiment du marché, et non sur des changements fondamentaux. Dès qu’un nouveau risque géopolitique ou des données économiques déçoivent, l’attractivité du yen comme valeur refuge resurgira.
Opportunités d’investissement pour la seconde moitié de 2025
Sur la base de cette analyse, la fourchette de trading de l’euro face au yen pour le second semestre devrait osciller entre 158¥ et 165¥ :
Frontière supérieure (165-170¥) : lorsque l’appétit pour le risque mondial se redresse et que les marchés actions rebondissent, le carry trade se relance temporairement, le yen est sous pression, et l’euro pourrait atteindre cette zone.
Frontière inférieure (158-160¥) : en cas de détérioration du commerce, de données américaines d’inflation supérieures aux attentes ou de correction boursière, la demande de refuge en yen s’intensifie, poussant l’euro à la baisse.
Prévision médiane : autour de 162¥. Cela reflète une réduction de l’écart de taux, tout en tenant compte des risques géopolitiques encore présents mais non généralisés.
Stratégie d’investissement pratique
Pour les traders à court terme (3-6 mois)
Pour les investisseurs à moyen terme (jusqu’à la fin de l’année)
Signaux de prise de profit
Risques clés à surveiller
Malgré la visibilité favorable à l’appréciation du yen, certains risques doivent être pris en compte :
Risque de changement de politique : si la BoJ suspend ses hausses de taux suite à un recul inattendu de l’inflation japonaise, ou si la BCE retarde une nouvelle baisse en raison d’une reprise de l’inflation, le processus de réduction de l’écart de taux sera interrompu.
Amélioration du commerce : si un accord est trouvé entre les États-Unis et l’Europe sur les tarifs, les actifs risqués rebondiront rapidement, la valeur refuge du yen s’évaporera, et l’euro face au yen pourrait s’envoler vers 167-168¥.
Hausse continue des marchés actions : une forte performance des marchés mondiaux pourrait relancer le carry trade, incitant les investisseurs à emprunter en yen pour rechercher des actifs à rendement élevé, ce qui ferait baisser le yen.
La réponse consiste à définir des niveaux de stop-loss clairs et à réévaluer la taille des positions après chaque réunion de la banque centrale.
Contexte historique et psychologie du marché
Depuis sa création en 1999, la paire euro/yen a toujours reflété la divergence des politiques entre deux grandes économies. En 2008, lors de la crise financière, le yen s’est fortement apprécié en tant que valeur refuge ; au début des années 2010, lors de la crise de la dette européenne, l’euro a subi une forte pression ; mais ces dernières années, la reprise européenne combinée à la politique accommodante japonaise ont permis à l’euro de se renforcer à plusieurs reprises.
2025 marque la fin de cette longue configuration. La Banque du Japon amorce enfin un cycle de hausse des taux, tandis que l’Europe se trouve piégée dans une croissance faible, contraignant la BCE à continuer à baisser ses taux. C’est la première fois en près de vingt ans que le yen reprend fondamentalement du terrain.
Conclusion finale
C’est le moment idéal pour positionner des investissements en yen. La contraction de l’écart de taux, la divergence des politiques monétaires, et la présence constante de risques géopolitiques forment un socle solide pour une appréciation du yen à moyen terme.
Dans le reste de 2025, la paire euro/yen devrait fluctuer entre 158¥ et 170¥, avec un point d’équilibre vers 162¥ en fin d’année. Les investisseurs peuvent envisager de constituer des positions longues en yen lorsque l’euro face au yen dépasse 165¥, avec un objectif de profit initial autour de 160-162¥, et un stop strict au-dessus de 171¥.
L’essentiel est la patience et la discipline : ne pas acheter à tout prix en haut, construire progressivement ses positions, et réévaluer régulièrement. Sous l’impulsion combinée des politiques monétaires et des tensions géopolitiques, le printemps du yen est arrivé.