De 5 dollars à une fortune de millions, puis une fin par balle — pourquoi la légende de Wall Street de LeFoumor a-t-elle tiré sa révérence ?

Une personne peut gagner 1 milliard de dollars sur le marché, mais faire faillite dans sa vie jusqu’à ne plus avoir que 8,24 dollars.

Le 28 novembre 1941, la veille de Thanksgiving, des coups de feu retentissent dans le vestiaire de l’hôtel Shirley-Holland à Manhattan, New York. Jesse Lauriston Livermore, âgé de 63 ans, met fin à ses jours avec un revolver Colt .32. Il fut l’un des traders les plus légendaires de Wall Street, considéré par Buffett comme une figure de type “Bible”. Mais ce génie, autrefois milliardaire, ne laisse finalement que trois mots d’adieu : « Ma vie est un échec. Je suis fatigué de lutter, je ne peux plus supporter cela. C’est la seule issue. »

Son histoire n’est pas simplement celle du “zéro au million”, mais une épreuve plus complexe de la nature humaine — comment se perdre entre argent et désir, comment osciller entre génie et auto-destruction.

Le jeune homme réticent à l’agriculture, qui a lancé une légende financière avec 5 dollars

En 1877, Livermore naît dans une famille de fermiers dans le Massachusetts. À trois ans et demi, il apprend à lire et écrire, à cinq ans il lit déjà des journaux financiers, doté d’un talent mathématique supérieur à celui de ses pairs — un tel enfant prodige, mais son père lui ordonne de rester à la ferme.

À 14 ans, une violente dispute avec son père change sa trajectoire. Sa mère, en secret, rassemble 5 dollars (équivalent à 180 dollars aujourd’hui). Au printemps 1891, ce jeune rural monte dans un train en direction de Boston. Il ne va pas chez un parent désigné par sa mère, mais reste devant le bureau de courtage Paine Webber. La série de chiffres en mouvement l’attire totalement. Avec une apparence un peu plus mature, il parvient à décrocher un poste de commis à la saisie des cotations.

Comme beaucoup de génies, Livermore découvre des régularités cachées dans un travail apparemment banal. Il utilise un carnet à carreaux d’un centime pour tracer des courbes boursières, et remarque que le prix de l’Union Pacific Railroad fluctue de façon similaire à des heures précises (11h15 et 14h30), comme si une “marée invisible” le poussait. Il découvre dans les notes des courtiers des schémas derrière de gros ordres d’achat, réalisant que ces chiffres ne sont pas aléatoires mais suivent des tendances.

En enregistrant les prix à terme du coton, il a une révélation : “Ces chiffres respirent — quand ils montent, c’est comme grimper des escaliers, quand ils descendent, c’est comme marcher sur une pile de neige fondue.” Cette illumination jette les bases de sa future théorie d’analyse technique.

À 16 ans, trader à plein temps, le “fauteur de troubles” souvent interdit

Livermore trouve une maison de pari, investit 5 dollars, et réalise un profit de 3,12 dollars. Travaillant tout en faisant du trading, il décide à 16 ans de démissionner pour devenir trader professionnel à plein temps.

Il ressemble à un maître d’arts martiaux débutant dans la rue, sa réputation s’envole en quelques années. Mais, parce qu’il gagne constamment, il est rapidement banni par plusieurs maisons de pari à Boston. Ce jeune homme de seulement 20 ans parvient à faire fermer des casinos — il a gagné 10 000 dollars (équivalent à 30 000 dollars aujourd’hui).

Le premier échec à New York : la première leçon du génie

En 1899, il quitte Boston pour New York. À 23 ans, il rencontre Nattie Jordan, une jeune fille indienne, qu’il épouse quelques semaines plus tard. Le jeune trader, nouveau sur la scène, ne s’adapte pas à l’échelle plus grande. Il se fie à un enregistreur automatique de cotations pour trader, mais ces données, en retard de 30 à 40 minutes sur le marché réel, le font échouer. Moins d’un an après son mariage, il fait faillite à cause de ses pertes.

Pour rassembler des fonds, Livermore demande à sa femme de mettre en gage ses bijoux, mais elle refuse. Sept ans plus tard, ils divorcent.

Ce revers plante une graine : Livermore commence à douter de lui-même, sombre dans la mélancolie, et cet état mental évoluera en dépression plusieurs années plus tard.

La première bataille épique du “mania du short” : 750 000 dollars en trois mois

De 1899 à 1906, Livermore se relève en sept ans. À 28 ans, il a déjà accumulé 100 000 dollars de capital. Mais il commence à se critiquer lui-même — il gagne de l’argent mais reste insatisfait, ses stratégies sont trop conservatrices. Lors d’un séjour à Palm Beach, il entame une profonde introspection.

L’opportunité arrive le 18 avril 1906. Le tremblement de terre de San Francisco, d’une magnitude de 7,9, détruit la ville. Le marché est généralement optimiste sur l’Union Pacific Railroad (UP), pensant que la reconstruction stimulera le transport. Mais Livermore a une opinion contraire.

Sa logique est claire :

  • Fondamentaux : le tremblement de terre fait chuter le volume de fret à San Francisco ; les compagnies d’assurance doivent vendre des blue chips pour encaisser ; les résultats financiers de l’UP seront bien en dessous des attentes.
  • Technique : le prix rebondit mais le volume diminue, la pression acheteuse faiblit ; il attend que le prix atteigne un support clé pour commencer à prendre position.

Il exécute son plan en plusieurs phases. En avril-mai, il ouvre une position short à 160 dollars, en juin, après la publication de résultats pessimistes, il en ajoute. En juillet, le prix chute sous 100 dollars, il couvre à environ 90 dollars, réalisant un profit de plus de 250 000 dollars (équivalent à 750 000 dollars aujourd’hui).

Les analystes tireront de cette opération la stratégie centrale de Livermore : attendre la confirmation de la tendance avant d’agir à fond, connaître que “les bonnes nouvelles sont souvent des mauvaises nouvelles”, et toujours garder des fonds de réserve pour la volatilité. Ces principes restent valables 120 ans plus tard.

La panique de 1907 : environ 1 milliard de dollars de gains en une semaine

En 1907, Livermore découvre que la Trust de New York investit à levier dans des obligations pourries, et que le taux interbancaire grimpe de 6% à 100% — signe d’une crise de liquidité. Il mène une enquête en sous-marin, confirmant que plusieurs trust ont des actifs de très mauvaise qualité.

Il parie à découvert sur plusieurs actions majeures comme Union Pacific et US Steel via plusieurs courtiers. Le 14 octobre, il remet en question publiquement la capacité de paiement de Nickebork Trust, provoquant une ruée vers la banque et des faillites.

Le 22 octobre, il utilise la règle T+0 pour vendre massivement ses positions, déclenchant des ventes automatiques et accélérant la chute. Le 24 octobre, le président du NYSE le supplie d’arrêter de vendre à découvert, sinon tout le marché s’effondrerait. Livermore sort avec précision une heure avant la déclaration de Morgan pour sauver le peu qu’il lui reste, en liquidant 70% de ses positions short.

Bénéfice total : 3 millions de dollars, soit environ 1 milliard de dollars actuels.

Ce combat consolide sa réputation de “roi du short” à Wall Street, et lui permet de goûter au pouvoir de l’information et de la psychologie du marché.

La punition du génie : 3 millions de dollars de pertes sur les contrats à terme sur coton

Mais la nature humaine finit toujours par triompher.

Son ami Teddy Plais, expert en coton, détient des informations privilégiées sur le marché physique. Plais publie une opinion haussière sur le coton, et Livermore, voulant “prouver sa capacité à trader cross-market”, se laisse manipuler. Même si ses données contredisent l’avis de Plais, il croit en son ami, et prend une position longue sur 300 millions de livres de contrats à terme — un pari bien au-delà de ses limites raisonnables.

Résultat : une perte totale de 3 millions de dollars, équivalent à tout le profit réalisé lors de la vente à découvert en 1907. Cet échec le pousse à violer ses trois règles d’or : ne jamais croire aux conseils des autres, ne jamais couvrir ses pertes, et ne jamais laisser la narration dominer le signal de prix.

Mais plus précisément, il ne s’agit pas d’une tromperie de l’ami, mais d’une punition auto-infligée, du prix à payer pour un génie qui joue sa tête.

La contre-attaque ultime : 50 000 dollars en 300 000 dollars

Après un échec cuisant dans le coton en 1915, il se relève de façon spectaculaire — l’un des plus célèbres rebonds de Wall Street.

Il demande volontairement la protection par faillite, négocie avec ses créanciers pour ne garder que 50 000 dollars pour vivre. Grâce à un crédit secret obtenu auprès d’un ancien rival, il doit exécuter toutes ses transactions par leur intermédiaire — une forme de contrôle, mais aussi une façon de limiter son levier à 1:5 (contre 1:20 auparavant).

Ces restrictions l’aident à retrouver une discipline de trading.

Juste à ce moment, la Première Guerre mondiale éclate, et la demande pour l’industrie militaire américaine explose. Livermore remarque que le cours de Bethlehem Steel n’a pas encore réagi à cette tendance. Le volume augmente mais le prix reste stable — un signal typique d’accumulation.

À partir de juillet 1915, il achète prudemment 5% de ses fonds à 50 dollars. En août, il en ajoute lorsque le prix dépasse 60 dollars. En septembre, il refuse de couper ses pertes à 58 dollars, convaincu que la tendance haussière n’est pas rompue. En janvier suivant, le prix grimpe à 700 dollars, et il encaisse un profit de 14 fois son investissement initial — 50 000 dollars deviennent 300 000 dollars.

La malédiction de l’argent : trois mariages et quatre faillites

Dans les décennies suivantes, Livermore continue ses histoires d’argent et de femmes.

Il crée une société de trading officielle, gagne 15 millions de dollars, emploie 60 personnes. En 1925, il gagne 10 millions de dollars en spéculant sur le blé et le maïs. En 1929, lors du krach de Wall Street, il réalise un profit d’1 milliard de dollars (équivalent à environ 150 milliards de dollars actuels) en shortant.

Mais dans la décennie suivante, tout cet argent est englouti par divorces, impôts, dépenses excessives.

Après un long divorce avec sa première épouse Nattie, il épouse la danseuse Dorothy, avec qui il a deux fils. Mais il entretient une relation trouble avec l’actrice d’opéra Anita, et nomme un yacht de luxe d’après elle. Dorothy devient de plus en plus dépendante à l’alcool.

En 1931, il divorce à nouveau, Dorothy reçoit 10 millions de dollars de divorce. La maison qu’il avait achetée pour 3,5 millions est finalement vendue pour 222 000 dollars. La demeure, symbole de plus de dix ans de bonheur, est démolie, et la dépression de Livermore s’aggrave. Les bijoux et alliances gravés qu’il a offerts à Dorothy sont bradés — un coup dur pour lui.

Ce détail montre deux choses : le génie ne supporte pas l’humiliation émotionnelle, et les femmes divorcées sont vraiment terrifiantes.

En 1932, à 55 ans, il rencontre Harriet Mets Noble, une femme divorcée surnommée “la veuve sociale”. Elle aurait mal jugé la richesse de Livermore — en réalité, il doit 2 millions de dollars. Après sa dernière faillite en 1934, ils doivent quitter leur appartement à Manhattan, et vivent en vendant des bijoux.

La dernière obscurité : vers l’abîme

En novembre 1940, Harriet se suicide dans une chambre d’hôtel avec le revolver de Livermore. La lettre de suicide évoque “l’incapacité à supporter la pauvreté et sa dépendance à l’alcool”. Livermore écrit dans son journal : “J’ai tué tous ceux qui m’approchent.”

Un an plus tard, le 28 novembre 1941, dans la même hôtel, plongé dans la dépression, il appuie sur la gâchette contre sa tempe. C’est l’arme qu’il porte toujours sur lui, celle qu’il a achetée après avoir fait fortune en shortant en 1907 — comme si le destin bouclait la boucle.

Dans sa poche, il ne reste que 8,24 dollars en liquide et un ticket de pari hippique expiré. Seuls 15 personnes assistent à ses funérailles, dont 2 créanciers.

Ce n’est qu’en 1999, grâce à une collecte de fans, que sa tombe reçoit une inscription : “Sa vie prouve que la lame la plus tranchante du trading finira toujours par se retourner contre soi.”

L’héritage légendaire : les règles fondamentales de la Bible du trading

Après avoir connu quatre hauts et quatre bas, Livermore laisse une philosophie de trading que Buffett, Soros, Peter Lynch considèrent comme un canon :

  • Acheter quand le marché monte, vendre quand il baisse
  • Trader uniquement en présence d’une tendance claire
  • Wall Street n’a jamais changé, car la nature humaine non plus
  • Les investisseurs doivent se méfier de tout, surtout d’eux-mêmes
  • Le marché ne se trompe jamais, seule la psychologie humaine peut faire erreur
  • Gagner gros en attendant, pas en opérant fréquemment
  • Le marché n’a qu’un seul côté, ce n’est ni haussier ni baissier, mais le bon côté

La vie de Livermore n’est que la note de ces règles — il maîtrise le marché, mais perd face à lui-même ; il peut battre Wall Street, mais pas sa propre nature humaine.

The New Yorker a écrit : « Livermore était précis comme une scalpel en trading, mais aveugle comme un ivrogne en amour. Toute sa vie, il a shorté le marché, mais il a toujours été long en amour — et cela l’a toujours ruiné. »

De 5 dollars à un milliard, puis de nouveau à 8,24 dollars, Livermore a incarné la contradiction entre argent et désir — quand un homme maîtrise la règle du marché, mais ne peut dominer ses démons intérieurs, toute richesse finit par s’évaporer.

Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
  • Récompense
  • Commentaire
  • Reposter
  • Partager
Commentaire
0/400
Aucun commentaire
  • Épingler

Trader les cryptos partout et à tout moment
qrCode
Scan pour télécharger Gate app
Communauté
Français (Afrique)
  • 简体中文
  • English
  • Tiếng Việt
  • 繁體中文
  • Español
  • Русский
  • Français (Afrique)
  • Português (Portugal)
  • Bahasa Indonesia
  • 日本語
  • بالعربية
  • Українська
  • Português (Brasil)