L'application transfrontalière de la loi concernant Chen Zhi du Prince Group et le BTC est-elle raisonnable ?

En 2025, le département de la Justice des États-Unis a annoncé la saisie de 127 000 bitcoins appartenant à l’homme d’affaires cambodgien Chen Zhi, pour une valeur de 15 milliards de dollars, une affaire de saisie de cryptomonnaies d’une ampleur inédite qui a suscité un débat mondial. L’affaire trouve son origine dans le « vol » de 127 000 bitcoins du pool de minage LuBian en 2020, dont le voile a été levé grâce au rapport d’analyse technique du Centre national de réponse d’urgence aux virus informatiques et au suivi des données on-chain. La « légalité de l’application de la loi » revendiquée par les États-Unis s’oppose frontalement aux accusations de « juridiction à longue portée » de la communauté internationale, révélant en arrière-plan les conflits de normes et luttes de pouvoir autour de la gouvernance des actifs numériques transfrontaliers.

Cœur de l’affaire : Failles techniques et flux d’actifs

Le rapport d’analyse technique du Centre national de réponse d’urgence aux virus informatiques indique clairement que la cause principale du « vol » d’actifs du pool LuBian réside dans le non-respect des normes techniques. Le pool n’a pas utilisé la norme industrielle de génération de clés privées à partir de nombres aléatoires binaires de 256 bits, mais s’est contenté de générer des clés privées à partir de nombres aléatoires binaires de 32 bits associés au générateur pseudo-aléatoire non sécurisé MT19937-32, réduisant considérablement la difficulté de craquage des clés privées — le temps théorique de craquage n’étant que de 1,17 heure. Cette faille systémique a permis aux attaquants de prendre le contrôle des actifs avec précision.

Les données on-chain montrent qu’après leur transfert en décembre 2020, ces actifs ne furent pas immédiatement fractionnés et monétisés comme dans les vols habituels, mais sont restés dormants pendant quatre ans sur des adresses spécifiques. En 2023, la faille CVE-2023-39910 révélée par l’équipe de sécurité internationale MilkSad a directement lié les 25 adresses ciblées mentionnées dans l’acte d’accusation du département de la Justice des États-Unis à celles ayant subi une attaque sur le pool LuBian. Le suivi effectué par ARKHAM, une société d’analyse on-chain, a confirmé que ces actifs avaient finalement été transférés vers des adresses contrôlées par le gouvernement américain, ce qui signifie que les États-Unis avaient déjà la mainmise effective sur ces fonds avant la saisie judiciaire de 2025.

La logique d’action du département de la Justice américain consiste à utiliser la traçabilité on-chain pour suivre les actifs, prouver leur lien avec Chen Zhi, puis finaliser la reconnaissance de propriété via une procédure judiciaire. Cependant, à aucun moment les États-Unis n’ont rendu public le détail de la méthode technique d’obtention des clés privées ni la chaîne de preuve complète, se contentant d’invoquer des « moyens légaux d’application de la loi », ce qui a alimenté les doutes quant à la légitimité de l’opération.

Apparence d’une action légale : conformité technique et procédure judiciaire

D’après les autorités américaines, cette action semble reposer sur une certaine base de conformité. D’une part, la transparence inhérente de la blockchain fournit un appui technique à l’application de la loi. Le registre distribué des transactions Bitcoin est consultable en permanence ; grâce à des techniques d’analyse on-chain telles que le clustering et la corrélation d’adresses, les autorités peuvent cartographier précisément les flux financiers, ce qui constitue la principale justification des États-Unis pour revendiquer la propriété de ces actifs. Yu Jianing, coprésident du comité spécialisé blockchain de l’Association chinoise de l’industrie des télécommunications, souligne que le registre public rend les transactions importantes de cryptomonnaies difficiles à dissimuler, et que des institutions spécialisées peuvent reconstituer les flux financiers grâce à la technologie.

Par ailleurs, les États-Unis ont mis en place une chaîne procédurale « traçabilité technique — accusation judiciaire — saisie et reconnaissance de propriété ». Le département de la Justice a d’abord engagé une procédure pénale contre Chen Zhi, puis s’est appuyé sur le rapport de traçabilité on-chain comme élément de preuve clé, afin d’établir la propriété des actifs dans le cadre de la procédure interne, et ainsi finaliser la saisie. Dans l’optique du droit interne américain, cette démarche respecte le principe « preuve + autorisation judiciaire ». Les États-Unis ont déjà procédé à de multiples saisies similaires d’actifs cryptographiques, développant un modèle d’application domestique relativement mature.

De plus, la faille technique mise en lumière par cette affaire affecte effectivement les fondamentaux de la sécurité du secteur. Le Centre national de réponse d’urgence aux virus informatiques souligne que l’opération non conforme du pool LuBian viole les principes de sécurité des actifs cryptographiques, et que l’action américaine a, de fait, tiré la sonnette d’alarme sur la nécessité de conformité technique, incitant le marché à renforcer les standards de sécurité pour la génération et le stockage des clés privées.

Contestations sur la longue portée : conflits de juridiction et manque de transparence procédurale

Les principales critiques internationales portent sur la légitimité de la juridiction et la transparence de la procédure. Selon les principes internationalement reconnus de juridiction territoriale et personnelle, Chen Zhi étant de nationalité cambodgienne et le pool LuBian opérant principalement au Cambodge, ce pays devrait bénéficier d’une juridiction prioritaire. Or, les États-Unis ont ignoré ce principe, invoquant la « mondialisation des transactions d’actifs numériques » pour étendre leur juridiction par le biais de la « longue portée », imposant ainsi leur droit interne au détriment du droit international et portant atteinte à la souveraineté judiciaire d’autres pays.

Plus important encore, la procédure manque de transparence. Les États-Unis n’ont jamais divulgué les détails centraux de l’obtention des clés privées, alors que celles-ci constituent le certificat de propriété des actifs numériques et que leur acquisition légitime est la condition préalable à toute reconnaissance de propriété. Qu’il s’agisse d’une exploitation de faille, d’un transfert par un tiers ou de toute autre méthode, les États-Unis n’ont fourni aucune preuve vérifiable, empêchant ainsi l’extérieur de juger d’une éventuelle entorse à la procédure régulière. Xiao Sa, associée principale du cabinet d’avocats Beijing Dacheng, estime que la reconnaissance de propriété des actifs numériques doit respecter le double standard « conformité technique + reconnaissance légale », et que la saisie d’actifs dont la provenance des clés privées est inconnue a peu de chances d’être reconnue internationalement.

De surcroît, le double standard américain aggrave la controverse : d’un côté, les États-Unis qualifient leurs propres saisies de « légales », de l’autre, ils critiquent les actions de saisie d’actifs numériques transfrontaliers menées par d’autres pays. Cette attitude de « deux poids, deux mesures » met en lumière une logique de domination dans la gouvernance des actifs numériques et suscite le doute sur la motivation réelle des États-Unis — intégrer les bitcoins saisis dans des « réserves stratégiques », ce qui ne manque pas de nourrir le soupçon d’intérêts stratégiques cachés derrière l’application de la loi.

Enjeux de fond : vide réglementaire et déséquilibre des pouvoirs dans la gouvernance des actifs numériques transfrontaliers

Le véritable problème réside dans l’absence de cadre réglementaire mondial et l’asymétrie de pouvoir dans la gouvernance des actifs numériques. Actuellement, il n’existe aucun consensus international sur la nature juridique des actifs numériques : certains pays les considèrent comme des biens, d’autres comme des actifs virtuels, et d’autres encore n’ont rien défini, ce qui entraîne une fragmentation des régulations. Ce vide normatif permet aux grandes puissances d’étendre leur autorité au-delà de leurs frontières, tandis que les pays moins puissants manquent de voix et de moyens de contrepoids.

La nature transfrontalière des actifs numériques accentue encore cette contradiction. L’application de la loi à l’international s’appuie traditionnellement sur des traités d’entraide judiciaire et des mécanismes multilatéraux, mais les caractéristiques techniques des actifs numériques rendent ces cadres inadaptés. Grâce à leur avance dans l’analyse on-chain et l’investigation technique, ainsi qu’à un système judiciaire interne efficace, les États-Unis peuvent procéder unilatéralement à des saisies transfrontalières, alors que d’autres pays sont souvent limités par la technique ou la réglementation.

Le rapport du Centre national de réponse d’urgence aux virus informatiques insiste sur la nécessité d’un cadre tripartite « conformité technique + reconnaissance légale + coopération internationale » pour la gouvernance des actifs numériques. Or, l’attitude des États-Unis dans cette affaire s’écarte clairement du principe de coopération internationale, préférant une application unilatérale à la concertation multilatérale. Cela risque d’accroître la crise de confiance entre États et d’entraîner une escalade des revendications extraterritoriales, minant ainsi les bases de la gouvernance collaborative des actifs numériques à l’échelle mondiale.

Conclusion

L’affaire de la saisie par les États-Unis des 127 000 bitcoins de Chen Zhi n’est pas une simple question de « légalité » ou de « juridiction à longue portée », mais une cristallisation des tensions autour de la gouvernance transfrontalière à l’ère de l’économie numérique. L’action américaine exploite la traçabilité de la blockchain et présente une conformité judiciaire apparente, mais souffre d’abus de juridiction et de manque de transparence procédurale.

À l’heure où les actifs numériques deviennent une composante clé de l’économie mondiale, la clé pour résoudre ce type de différends réside dans la construction d’un système de gouvernance international juste et équitable. Les États doivent abandonner l’unilatéralisme, définir par la concertation multilatérale la nature juridique des actifs numériques, le découpage des juridictions et les standards procéduraux ; renforcer la coopération internationale, établir des mécanismes de partage des données on-chain et de reconnaissance mutuelle des preuves ; et parallèlement, améliorer les standards de sécurité technique afin de réduire les risques de non-conformité à la source. Ce n’est qu’à ces conditions que l’on pourra éviter que « le plus fort rafle la mise » et permettre aux actifs numériques de se développer sainement dans un cadre légal et conforme, ce qui constitue la principale leçon à retenir de cette affaire pour le monde entier.

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