Lors de son discours à Harvard, Powell a réaffirmé que la Réserve fédérale (Fed) maintiendra une position d’attentisme. Face aux tensions avec l’Iran, qui font grimper le prix du pétrole et exercent une pression accrue sur les droits de douane, il a souligné que le risque d’inflation reste maîtrisable : le rendement des obligations à 10 ans recule.
Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, invité le 30 mars à la classe d’économie de l’université Harvard, a prononcé un discours pour donner des analyses approfondies sur les turbulences géopolitiques actuelles et les perspectives économiques.
À l’heure actuelle, la guerre entre l’Iran dure depuis la cinquième semaine. Les chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales font face à de sévères épreuves, et le prix moyen de l’essence aux États-Unis s’établit déjà à 4 dollars de référence par gallon. Powell a souligné que le contexte économique actuel est rempli d’un haut degré d’incertitude, et que la Fed continuera d’adopter une position de politique monétaire prudente.
Il a indiqué que l’impact de la politique monétaire sur les chocs du côté de l’offre est limité, et qu’il existe des délais longs et variables avant que les politiques ne produisent leurs effets. À ce stade, la meilleure approche est d’observer l’évolution de la situation plutôt que de réagir dans la précipitation.
Le marché l’interprète comme un maintien des taux inchangés à court terme : les anticipations antérieures de hausses de taux pour lutter contre l’inflation se sont nettement refroidies. Sous l’effet de cette prise de parole, le rendement des bons du Trésor américains à 10 ans a baissé de 10,2 points de base pour s’établir à 4,338 %, et, hors le Dow Jones, tous les indices boursiers américains affichent de légères baisses. Cela montre que les investisseurs, bien que légèrement pessimistes, ne paniquent pas dans ce ton prudent mais non alarmiste.
Sur le sujet de l’inflation, la Fed réaffirme son engagement à maintenir l’objectif d’inflation de 2 %. À l’heure actuelle, l’inflation est principalement influencée par de multiples chocs du côté de l’offre, notamment le déséquilibre offre-demande après la pandémie de COVID-19, ainsi que les politiques de droits de douane mises en œuvre récemment par le gouvernement.
Powell analyse que la hausse des prix causée par les droits de douane est un effet ponctuel, qui devrait ajouter environ 0,5 à 1 point de pourcentage au taux d’inflation annuel.
Bien que des enquêtes récentes montrent une hausse des anticipations d’inflation à court terme des consommateurs, les anticipations d’inflation à long terme, que la Fed juge plus importantes, restent pour l’instant stables et bien ancrées. La Fed se trouve dans un dilemme : le ralentissement de la croissance du marché du travail entraîne des risques à la baisse qui exigent de maintenir des taux bas, tandis que les risques de hausse de l’inflation limitent la marge de baisse des taux.
Powell a déclaré que la position actuelle de politique monétaire se trouve au bon endroit. La Fed continuera de surveiller, à l’aide des données des « Beige Books » des 12 banques de réserve régionales et de divers modèles économiques, l’impact réel global des droits de douane et des prix de l’énergie sur l’économie.
Malgré un ralentissement de la croissance de l’emploi et des risques géopolitiques à court terme, Powell se montre très optimiste quant aux perspectives économiques à moyen et long terme des États-Unis. Les percées de la technologie de l’intelligence artificielle (IA) constituent la force clé qui stimulera la croissance future de la productivité : grâce au traitement automatisé des tâches, l’IA peut améliorer de manière significative l’efficacité opérationnelle des entreprises.
Bien que, pour le moment, le marché du travail soit dans un état de faible recrutement, ce qui crée des défis en matière d’emploi pour les diplômés universitaires, l’économie américaine dispose d’une forte capacité de dynamisme et de renouvellement automatique. Par rapport aux autres économies avancées, la vitesse de croissance de la productivité des États-Unis présente un avantage.
En ce qui concerne le bilan et la stabilité financière, la taille des actifs de la Fed reste supérieure à 6 000 milliards de dollars. Powell estime que les plans d’achat de titres passés ont efficacement soutenu l’activité économique et qu’aucun effet négatif notable sur l’inflation n’a encore été observé. Concernant les risques sur le marché du crédit privé (Private Credit), la Fed en surveille de près l’interconnexion avec le système bancaire : même s’il y a eu des ajustements sur le marché, aucun signe de crise financière systémique n’a encore émergé.
Le mandat de Powell prendra officiellement fin le 15 mai 2026, et ce discours fait partie de ses dernières apparitions publiques durant son mandat. Il a vigoureusement défendu l’indépendance de la Fed, en soulignant que l’institution doit maintenir une position « dépolitisée », se concentrant sur l’exécution des missions de stabilisation des prix et de plein emploi confiées par le Congrès. Concernant l’avancement de la nomination de son successeur, Warsh (Kevin Warsh), le dossier est pour l’instant mis en suspens en raison des travaux de rénovation du siège de la Fed faisant l’objet d’enquêtes au Sénat ; si la procédure de nomination n’est pas menée à bien dans les délais, Powell pourrait devoir prolonger la durée de son mandat.
En réponse aux questions sur un éventuel changement de cap de la politique monétaire, Powell a refusé de commenter la position de Warsh favorable à une baisse des taux, et s’est contenté de réaffirmer que la Fed doit accomplir chacune de ses missions, sans utiliser les outils monétaires pour atteindre des objectifs politiques.
Source de l’image : « CNBC » — successeur pressenti à la tête de la Fed, Kevin Warsh
De plus, il exprime également ses inquiétudes concernant la trajectoire à long terme de la dette des États-Unis : la vitesse de croissance de la dette fédérale a dépassé celle de l’économie. Bien que le point critique de rupture ne soit pas encore atteint, le gouvernement doit rechercher un équilibre budgétaire afin d’assurer une évolution saine et durable du système économique à long terme.